Contrat Premières Embûches
Mars 2006, un nouveau Mai 68? On pourrait le croire en voyant ce qui se passe: révoltes estudiantines, occupations des facs, jets de pavés, bataillons de CRS...
Pourtant, on en est loin.
Tout d'abord si dans l'ensemble les étudiants sont d'accord pour condamner le CPE, les moyens d'action pour le combattre ne font pas l'unanimité. De nombreuses voix s'élèvent pour contester les blocages des universités, réclamant «la liberté d'étudier», et dénonçant la tenue d'AG minoritaires aboutissant à une «parodie de démocratie». Première différence.
Ensuite mai 1968 avait réellement pris toute son ampleur quand les salariés et ouvriers avaient rejoint le mouvement étudiant. Là le problème du CPE ne concerne que les moins de 26 ans, même si, comme disait mon grand père, tout ce pour quoi leur génération s'est battu, à savoir un avenir un peu plus rose que ce qu'ils avaient connu et un emploi stable, est en train de s'effondrer.
Ce qui est sûr, CPE ou pas, c'est que l'avenir des étudiants, dont je fais partie, n'est pas rose. La dureté du mouvement actuel, malgré ses désaccords internes, n'est que le reflet de la situation du monde étudiant français. Depuis 1968, justement, les facs sont devenues un débouché fourre-tout où malgré cinq ans d'études on n'est absolument pas sûr (voire certain du contraire) de trouver du travail.
Nos parents luttaient en 1968 contre l'immobilisme d'une société bourgeoise. En forçant un peu le trait on a envie de dire que les étudiants de 2006 luttent contre l'incapacité de cette société à leur offrir la possibilité de devenir des bourgeois, c'est à dire au moins des citoyens à l'abri de la précarité. Non, mars 2006 n'est pas mai 1968. Pour autant cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas tirer des enseignements de ce mouvement de contestation, même au-delà du CPE.( A bon entendeur… )
Demande-t-on trop à l'Etat?
Personnellement, je pense qu'il est normal que chacun ait un emploi correspondant à ses compétences, un emploi où il puisse s'épanouir et monter en grade, un emploi qui lui laisse le temps de se consacrer à sa famille et à ses loisirs. Je ne pense pas trop demander.
D'aucuns me diront que des contrats types CPE existent déjà dans toute l'Europe. Certes. Mais ce n'est pas pour autant que c'est un exemple. Oui, le taux de chômage en Angleterre est plus bas qu'en France. Mais allez vivre là bas. Mon cousin vit et travaille depuis maintenant environ trois ans en Angleterre, je sais de quoi je parle, les conditions de travail là bas ne sont pas enviables. Et les prix de logement absolument pas proportionnels... Aux Etats-Unis, certaines personnes sont obligées d'additionner les emplois pour vivre de manière correcte, et travaillent ainsi plus de 65 heures par semaine.
Vous avez envie de vivre comme ça? Pas moi.
Je trouve ça anormal de se donner du mal pour faire des études et ensuite galèrer pour trouver un boulot ; pour, si on en trouve un, se faire jetter sans préavis.
Je veux encore croire qu'une autre solution que le CPE existe.