Cachez moi ce squat que je ne saurais voir

Publié le par Cilou :

Libre propos pour l'ESJ.

 

Sujet :

SQUATTER, v.

Domaine : urbanisme

Définition : prendre abusivement possession d'un local vacant.

Note : le terme "squattériser" ne soit pas être employé.

Anglais : to squat.

Que vous inspire cette définition du dictionnaire ? Parlez librement. Il s'agit pour le correcteur de tester la créativité du rédacteur, la richesse de ses moyens d'expression, la fécondité de son imagination et sa capacité à la maîtriser, son aptitude à sortir des sentiers battus... sans forcément se précipiter dans l'extravagance et le "no sense".Tous les genres sont autorisés, pourvu que le résultat ne soit ni convenu ni ennuyeux ! Pas de lignage imposé, mais votre objectif numéro un consiste à captiver votre lecteur...

 

 

Squatter, autrement dit « prendre abusivement possession d’un local vacant », est un acte illégal.  Dès lors, pourquoi squatter ?

« Nous sommes dans une situation de détresse » a déclaré Fidèle Nitiéma, délégué des habitants du plus grand squat de France, à Cachan. Y vivaient plus de mille personnes,  dont 90% originaires d’Afrique, notamment du Mali, de la Côte-d 'Ivoire et du Maghreb. Aujourd’hui en France, trois millions de personnes ne sont pas logées ou vivent dans des conditions indignes.  « Quel autre moyen pour ces personnes qui sont sans alternative légale ? » demande Florence Bouillon, auteur d’une étude  A quoi servent les squats ? . Le squat participerait alors à la construction d’un modèle d’économie alternative. De l’Abbé Pierre à l’Organisation communiste libertaire en passant par Droit au logement, nombreux sont ceux qui définissent le fait de squatter comme l’expression d’un mouvement social revendiquant le droit à la vie digne.

Mais le mot est loin de se limiter à de telles structures. Squatter peut aussi être une revendication politique, proche de l’anarchisme, qui met en pratique l’idée de la propriété d’usage. « D'un côté il y a des tas de personnes qui veulent survivre ou vivre mieux, créer ou agir […] De l'autre, il y a des tas d'espaces, abandonnés, évidés, barricadés, qui pourrissent lentement derrière les bas-côtés. […] Donc voilà, le paradoxe est trop gros pour que l'on ait des scrupules à contrarier ces logiques et à leur préférer des maisons pleines de gens, de projets et d'étincelles » clame le Manifeste d’un squat. « Squatter, c’est entre autres, pas de loyer à payer […]. C’est être libre et responsable dans son lieu de vie.» selon le guide Le Squat de A à Z.

Le terme « squat » recouvre donc une réalité polymorphe, et il est indispensable de différencier ceux qui agissent par nécessité et ceux qui choisissent ce mode de vie.  « Le principal clivage est le rapport aux institutions » souligne Florence Bouillon. On distingue ainsi deux factions : les partisans de la négociation et les partisans de l’illégalisme.

 

A l’origine, le terme « squatteur » désigne un pionnier américain partant s’installer sur des terres sans titre de propriété et sans payer de redevances. La caractéristique première du squat est de ne pas payer de loyer. Les premiers squatteurs en France apparaissent après la Seconde Guerre mondiale pour protester contre les obstacles administratifs qui freinent la mise en œuvre de la loi de réquisition (11 octobre 1945). En février 1954, pendant un hiver où le froid fait de nombreux morts, l’Abbé Pierre lance son appel à « une insurrection de bonté ». Le succès de cette politique engage la construction de logements sociaux. En 1970, les luttes du logement se radicalisent dans la foulée des révolutions. Dans les années 80, le squat devient un instrument politique dont le but est de créer des foyers en ruptures avec le capitalisme. A partir de 1987, certains Etats expulsent automatiquement les squats politiques ou artistiques.

Ces derniers sont mal vus par l’opinion publique et étatique. Souvent, leurs habitants dérangent, que ce soit par leurs idées ou leurs modes de vie. Les expulsions sont majoritairement provoquées par des dénonciations de voisinage. Cependant, un squat ne correspond pas forcément à l’image négative que l’on s’en fait : drogues, bruits, nuisances, problèmes d’hygiènes. Certains deviennent même des lieux de culture officiels après avoir trouvé un fond de financement. Ainsi le réseau Intersquat s’est crée autour d’un texte remis au gouvernement, visant une reconnaissance légale des squats. « Toute société a besoin d'espaces de liberté où peut se développer l'innovation, et se doit de donner les moyens aux artistes de pouvoir créer et diffuser le fruit de leurs activités. Ce que les pouvoirs publics ne favorisent en aucun cas par leur politique en complète inadéquation avec les réalités du terrain. […]Il est impératif que la réalité de l'action soit enfin prise en compte et qu'un cadre légal se concrétise. » argumente ce mouvement. Et ça marche : ainsi, La Fonderie , squat artistique parisien, deviendra d’ici un an un lieu de formation et d'échanges dépendant du CNA CEFAG, un centre de formation multimédia, qui vient de racheter le lieu à la mairie. Pour continuer à déployer l'énergie dont ils ont fait preuve avec succès depuis près d'un an, les membres du collectif demandent à la municipalité, de s'associer dans un projet culturel, alternatif et réactif au sein d'un nouvel espace.

Mais aujourd’hui, la problématique se tourne plutôt vers le squat de nécessité. La majorité des squatteurs sont loin d’avoir choisi leur situation. On l’a vu avec Cachan ou les incendies d’immeubles insalubres à Paris, le grand nombre de squatteurs en attente d’une régularisation fait débat. Les causes premières, loin d’être un choix politique, sont souvent pécuniaires : des individus cherchent un endroit où vivre alors qu’ils ne peuvent pas payer de loyer. « To squat » en anglais, signifie « s’accroupir ». Le squat est certes une prise de possession illégale, mais abaissante pour la dignité humaine. Comment accepter que des logements restent vacants alors que des personnes vivent dans la rue ? Le droit au logement n’est-il pas fondamental ? Voilà les questions prioritaires aujourd’hui. Dès lors qu’il est considéré comme un moyen de survie, le squat n’apparaît plus comme abusif. Est-ce abusif de s’abriter quand on est à la rue et qu’on ne dispose d’aucune alternative légale ? Oui, c’est illégal. Non, ce n’est pas abusif. Dans ce contexte, n’est ce pas la loi qu’il faut remettre en cause ? Une société où l’on dispose des moyens de loger des personnes en demande devrait être en mesure de les accueillir et de proposer des solutions provisoires. Or, malgré 1,3 million de demandeurs, le nombre de logements sociaux ne cesse de régresser, s’alarme la fondation Abbé Pierre.

 

Les squats apparaissent donc aujourd’hui comme un véritable phénomène de société. Qu’ils proviennent d’un choix ou d’une contrainte, il est nécessaire d’y être hostile : se battre non pas contre leurs occupants, mais contre un système et une société qui créent de telles situations.

 

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