Il était une fois...
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Depuis notre tendre enfance, une époque où nous étions encore innocents et naïfs avec un cerveau malléable à souhait, on nous rabache la théorie de l'existence d'êtres imaginaires: le Père Noël, la Petite Souris, le Dahu, les Sorcières et les Grands Méchants Loups, les Ogres, les Souris Vertes, les Fées, le Père Fouettard... et parmi tout ce fatras incommensurable, le Prince Charmant et la Princesse.
Or, qui croit encore à un vieux bonhomme habillé de rouge et de fourrure toute l'année? à une souris qui fait un trafic de dents? à une bestiole qui a des pattes plus courtes que d'autres? à des vieilles femmes qui mangent de crapauds et volent sur des balais? à des loups qui parlent et se prennent pour des mère-grands? à des géants qui ont des bottes de sept-lieues? à une souris qui se change en escargot tout chaud? à des jolies marraines qui n'ont que ça à faire de transfomer des souillons en princesses? à un horrible rouquin qui frappe les méchants enfants?
Pourquoi dans ce cas ne pouvons-nous nous empêcher de croire, inconsciemment un tout tout petit peu bien caché tout au fond de nous, au Prince Charmant et à la Jolie Princesse?
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L'homme, un être seul mais pas solitaire
"Mieux vaut être seul que mal accompagné". Tout le monde s'est déjà répéter et re-répéter cette phrase en apparence anodine, un soir de déprime où l'on se trouve seul sous sa couette, alors qu'on aurait pu être avec Rodolphe, qui certes ne correspond pas tout à fait à ce que l'on cherchait, mais....Mais non, mieux vaut être seul que mal accompagné, mieux vaut être seul que mal accompagné, ne cèdons pas!! "Résiiiiste, prouve que tu existes!!" Car en effet Rodolphe, avec son appareil dentaire, ses chemises à carreaux qu'on dirait des mouchoirs,sa frange et sa culture limitée au ballon rond, est loin, même très loin, du Prince Charmant promis par Papa-Maman quand on était petite fille.
Car c'est bien ça le problème: Pourquoi se morfond-t-on seul sous sa couette? Parce que Papa-Maman nous ont promis un Prince ou une Princesse, un mariage somptueux et un amour éternel avec beaucoup d'enfants. Ils auraient mieux fait de réfélchir à notre bonheur futur avant de dire ça...
Evidemment, tout le monde ne rêve pas d'un idéal si vieux jeu -on ne vit tout de même plus au temps des chevaliers. Mais la plupart des gens rêve d'un compagnon/compagne idéal(e). Plutôt beau, drôle, tendre, attentionné, intelligent, compréhensif, gentil, honnête, fidèle, riche, souriant, musclé, un peu artiste...faut bien ça pour ne pas être seul sous sa couette. Même si c'est juste pour un soir, la course désespérée aux Princes et Princesses est universelle et intemporelle.
C'est pourquoi des pauvres types comme notre ami Rodolphe n'ont aucune chance! Du coup, eux aussi se morfondent seuls sous leur couette, avec pour seule compagnie une cassette vidéo... Résultat: tout le monde reste dans son coin à rêver à l'être idéal -celui qui n'existe pas. L'homme est donc un être seul, mais qui n'est pas fait pour vivre en solitaire. Paradoxe innérent à cette stupidité de Prince Charmant.
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La course au Prince Charmant est épuisante......et désillusoire
Guillaume, grand brun aux yeux verts de 25 ans, ne portant pas de bague au doigt, le menton volontaire et la dentition parfaite, vient d'arriver dans l'entreprise. Immédiatement, l'été est arrivé avec trois mois d'avance: toutes les secrétaires ont sortis leurs mini-jupes et décolletés. C'est à celle qui sera la plus voyante: rouge à lèvres, vernis et ongles manucurés jusqu'au petit orteil, brushing parfait, cheveux lissés, mascara réapliqué toutes les 2 minutes, blush, fards, colliers clinquants, sourires pétillants, et surtout surtout, yeux furetants. Car tout information sur le dénommé Guillaume, Prince Charmant de profession, est bonne à prendre.
La compétition est rude au sein de l'entreprise. Les secrétaires, autrefois amies et commères liguées contre un ennemi commun, se font désormais la guerre entre elles. Autour de la machine à café, la tension rôde. Les verres renversés "malencontreusement" sur une trop jolie et trop voyante poitrine ne sont pas rares. La femme est devenue une louve pour la femme. C'en est fini de la solidarité féminine, "chacune pour soi" semble être devenue la nouvelle politique de l'entreprise. Malgré les pertes de temps de travail passé les yeux fixés sur notre ami le Prince Guillaume, ou dépensé à chercher comment évincer de la course une (trop) charmante collègue, l'entreprise ne souffre guère, car dès que Guillaume est dans les parages, chaque secrétaire fournit le double de son travail de façon à attirer au maximum son attention.
Mais Guillaume semble voguer au dessus de ce remue-ménage avec sérénité et insouciance. Rien ne paraît le toucher, et il semble ignorer chacun des regards appuyés, chacun des sourires enjôleurs et des jambes croisées-décroisées qui se trouvent sur son passage.
Mais qu'à donc notre Prince Charmant?
Epuisées par une lutte incessante qui ne portent décidemment pas ses fruits, les secrétaires ressortent leurs jeans et leur complicité. L'ambiance est nettement meilleure et toutes prennent de nouveau plaisir à aller travailler (ce qui consiste à raconter les meillleurs potins possibles). Les sourires enjôleurs et les attaques de cafés fous diminuent. La fin de l'année approche, et avec elle, la fête ou chacun peut amener son conjoint. Résignées, les secrétaires se sont rabattues sur ce bon vieux Rodolphe et ses copains. Entre elles, les commérages vont bon train sur la magnifique créature que Guillaume ne manquera pas de dévoiler à la soirée de l'entreprise.
Le Grand Soir arrive. Le champagne coule à flot, les secrétaires sont plus clinquantes et tout en jambes et décolletés que jamais. Le chef de l'entreprise est venu avec sa femme et son traditionnel collier de perles. Il fait un discours très démagogique, félicite tout le monde pour le profit de l'année. Mais aucune des secrétaires n'écoutent: toutes ont le regard fixé vers le fond de la salle, malgré Rodolphe et Cie qui essayent de les entrainer sur la piste de danse.
Au fond de la salle, Guillaume. Dans son costume gris perle et sa chemisette rose, il est plus beau que jamais. Il tient négligemment, avec une classe nonchalante, un verre de champagne à la main. Il sourit, et ses dents étincellent. Il a l'air terriblement heureux. Et très amoureux.
A côté de lui, un homme.
Moralité
Rien ne sert de chercher un Prince
Chez un homme beau, grand et mince.
Vous sèmerez la zizanie
sans en tirer de profit.
Au moins avec Rodolphe
Vous irez tout les week-ends jouer au golfe
et ne dépenserez plus votre monnaie
en de bien vains attraits.
