Que de "Chichi" !!
Demain, je m'en vais accueillir la banderole à la main et les oreilles grandes ouvertes les voeux de notre Président, de visite à la Préfecture de Metz, au lieu d'assister sagement à mon cours de philosophie.
Compte-rendu à venir, avec des pronostics dans les heures qui suivent, mais là j'ai vraiment pas le temps, je dois courir rendre mes livres en retard sous peine d'amende, aller enfin payer ma carte de bus et changer le forfait de mon téléphone, et puis peut être si j'ai le temps, aller au code... Tiens, quel bon sujet d'article, la joie de l'auto-école ;-)
Chose promise, chose dûe, voici le compte-rendu de la visite (ultra ultra importante) de Chirac à la préfecture de Metz.....
....comme si vous y étiez.
Vous avez revêtu votre plus beau costume, une cravate unie mais vive (mais surtout pas "rouge"), vous êtes rasé de près. Parfum discret, haleine mentholée, vous vous dirigez d'un pas conquérant vers la place de la Préfecture, heureux d'être l'un des rares élus à pouvoir Le voir. La place de la Préfecture est vide de voitures, hormis quelques officiels et CRS. Il est bientôt l'heure, vous souriez, vous déformant les zygomatiques afin de faire honneur à la "positive attitude" chère au Président.
A l'entrée, vous dégainez votre carton d'invitation, les mains légèrement moites devant les deux colosses de la Sécurité. Après quelques minutes d'attente, votre identité est vérifiée: vous pouvez entrer, vous êtes un citoyen digne d'entre-apercevoir l'élite de la nation. Autour de vous, quelques journaliste se donnant l'air important, mais gauches dans leur costume-cravate inusité ; quelques personnes errant seules, comme vous, l'air perdu et ne sachant trop pourquoi ils sont là. La salle est noire de monde, vous vous frayez un chemin jusqu'à l'endroit supposé du passage du Président.
Durant la longue attente de sa venue, vous retrouvez une vieille connaissance avec laquelle vous entamez une discussion convenue. Vous ne l'avez pas revu ni pris la peine de donner des nouvelles depuis le collège, mais elle devient, l'espace de trop longues minutes, une amie à qui vous adressez des marques d'estime appuyées.
Un bruissement de sages chuchotis agite la foule: Le voilà! L'image s'affiche sur l'écran dans la salle tandis qu'il descend de sa voiture. Grand, bronzé, souriant, visiblement aminci. Il ne fait vraiment pas son âge! Vous apercevez le préfet au dehors en train de l'accueillir, tout cela vous paraît irréel, on dirait la télé. Vous jouez des coudes pour atteindre l'endroit où vous êtes certain de toucher Sa main.
Jacques Chirac avance, serre votre main, vous regarde...l'espace d'un instant, il n'y a plus que vous et lui. Et puis, souriant, il prononce la formule magique pour laquelle vous êtes venu "Ah, mais vous êtes là aussi!" Un dixième de secondes, vous avez l'impression merveilleuse d'être un intime du Président, avant de vous apercevoir qu'il les prononce à d'autres quelques pas plus loin.
Passe ensuite Nicolas Sarkozy, visiblement nerveux, puis le Premier Ministre, teint halé et sourire carnassier. Et d'autres, que vous connaissez moins.
La foule se meut, vous écrase sans pitié, se précipite dans la salle où vont être prononcé les voeux. Tout à votre émotion, vous vous retrouvez coincé dans la deuxième salle, celle où il n'y a qu'un écran. On voit mieux, certes, mais vous étiez venu pour vivre l'évènement, pas le voir sur un écran... Un peu déçu, vous faites contre mauvaise fortune bon coeur. Au moins, vous n'êtes plus obligé d'adresser des paroles mieilleuses à votre vieille connaissance qui a proprement disparue.
Vous écoutez d'une oreille distraite le discours, de toute façon, vous pourrez le lire le lendemain dans tous les journaux et l'entendre sur toutes les ondes. Vous vous réveillez surpris par les applaudissements. Les élus locaux se précipitent sous les flashs de la presse locale pour figurer au côtés du Président. Jacques Chirac sert quelques mains, dispense quelques sourires distraits.
Vous vous frayez un chemin jusqu'au buffet, mais impossible d'y accéder, il a été pris d'assaut par un troupeau de vieilles biques emplumées jusqu'aux oreilles et trop parfumées. Vous restez un peu, patient et tenace, mais la faim vous tenaille. Vous vous éclipsez.
L'espace de quelques instants, vous avez vécu au milieu des "élus".
Et bien... que de "chichi" pour rien !!!!
(merci au journal La Semaine pour l'inspiration)