La sortie du bar

Publié le par Cilou :

La sortie du bar

La sombre lumière des réverbères éclaire le pavé luisant de pluie. Et je marche, je tangue, je chaloupe, enivré d’alcools, de fumées et de bruits. Il n’est pas de moment plus profond, plus mystérieux, plus insolite que celui où, vers une heure du matin, l’on sort d’un bar joyeux pour passer dans la solitude glacée de la nuit. Enfin le calme ! Enfin la solitude ! Les rires se sont tus dans ma tête, et seuls restent les échos embrumés.

L’ivresse me transporte, je m’envole, il n’est plus une heure, il ne fait plus nuit, il ne fait plus froid ; au contraire, il est midi, il fait chaud, et le monde autour de moi n’est plus que douces musiques et senteurs lourdes. Le pavé sous mes pas se change en sable doux, les silhouettes sombres se font femmes chargées de palmes. L’air est tiède, tout n’est que luxe, calme et volupté…

 

Soudain, tout s’arrête et je me penche, accroché au mur tel un naufragé à son radeau, je laisse un souvenir nocturne aux bonnes gens qui se lèveront le matin, un souvenir fêtard, d’excès, un souvenir de cette vie noire et bruyante, cette double vie des tripots, ce monde parallèle de la nuit. Un souvenir de mon ivresse voyageuse. Un souvenir que les travailleurs, demain matin, regarderont d’un œil écoeuré, en personnes raisonnables : « encore un ivrogne… »

 

Mais pas un ne pensera : « Ce souvenir est la porte d’entrée d’un autre monde! »

[texte inspiré par un "souvenir" que je croise tous les matins en bus]

Publicité

Publié dans Culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article