Réchauffement climatique: la peur est-elle à la mode?

Publié le par Cilou :

 D’ici à cinquante ans, la température moyenne de la Terre aura augmenté d’environ 2 degrés. Sans attendre, la question du réchauffement climatique est déjà au centre des préoccupations. Bilan, conséquences, solutions, contestations : des scientifiques aux politiques, en passant par le simple citoyen, chacun s’en mêle. Un véritable « chaud effroi » s’empare de la planète.

 

 

La prolifération de marques du commerce équitable ou d’agriculture biologique, le grand nombre d’entrées pour le film catastrophe d’Al Gore, l’ex-candidat démocrate à la présidence américaine, ou encore la mise en place d’un site Internet prévoyant les températures du siècle à venir, témoignent d’un changement de mentalité et d’un intérêt croissant de la part du grand public pour les questions environnementales. La tempête de 1999, la canicule de 2003, la fonte des glaces au pôle Nord ont marqués les esprits.

 

Depuis longtemps déjà, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Le réchauffement climatique est désormais de l’ordre de la certitude. Les chercheurs du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) prévoient une hausse de 1,4°C à 5,8°C d’ici à 2100. Responsable : le rejet par l’homme de gaz à effet de serre en grande quantité. Les conséquences sont multiples : de l’invasion de mouches dont la reproduction est facilitée par le réchauffement à la disparition d’espèces  modifiant l’écosystème, c’est tout un équilibre naturel qui risque de basculer. Cette nouvelle donne climatique va bouleverser notre vie quotidienne, à commencer par le plus simple : la baguette de pain. Le blé pousse plus vite, ce qui joue sur la qualité du pain, beaucoup moins bonne. D’autres modifications apparaissent, comme la présence de vigne à Gotland, en Suède ; ou la possibilité de cultiver du coton dans le Var d’ici quelques années.  Afin de se préparer au mieux, l’Institut national de recherche agronomique (Inra) a mis en place des simulateurs de climat sous forme de culture sous cloche où l’on teste les conséquences du réchauffement.

 

Mais l’agriculture, bien que pleinement concernée, n’est pas le seul domaine touché. Le réchauffement climatique est aussi synonyme d’enjeux nouveaux modifiant l’équilibre géopolitique du globe. En effet, la fonte de l’océan Arctique provoque une véritable concurrence entre des pays qui se découvrent des frontières communes. Et chacun veut arriver le premier à s’imposer dans cette zone riche en nouvelles routes maritimes et en gisements pétrolifères sous-marins. Russie, Canada, Danemark, Norvège et Etats-Unis se livrent une bataille acharnée et investissent des millions dans l’exploration énergétique de l’Arctique. Au niveau européen, on se préoccupe de la crise de l’eau, et la récente mise en place d’un programme ambitieux pour une meilleure qualité de l’eau montre bien l’intérêt pour les questions écologiques. L’engouement touche même la politique intérieure française. En effet, l’environnement pourrait bien être un des enjeux principaux de la campagne présidentielle 2007.

 

Ces 2 degrés qui vont changer notre vie sèment un vent de panique dans tous les domaines. Et le bouleversement ne fait que commencer, annoncent les experts.

 

 

Dès lors, quelles sont les réactions et propositions face à la diffusion du débat sur le réchauffement climatique ? Plusieurs visions s’affrontent.

 

 

La question du réchauffement de la planète ne suscite pas que des réactions positives. En effet, elle est encore interrogée par quelques sceptiques, voire provoque une dénégation radicale. On accuse les scientifiques d’exagérer et le gouvernement d’entretenir la peur. Plus extrêmes encore, certains nient tout record de chaleur. Plusieurs des porte-parole de ce mouvement, comme Sallie Batiunas, Patrick Michaels ou Fred S. Singer, sont cependant financés par le lobby pétrolier, ce qui limite leur crédibilité.

 

Malgré cette opposition, des idées neuves pour contrer la catastrophe émergent tout autour de la planète.  Consommer moins pour économiser la Terre , ou faire confiance au progrès pour produire autrement, en polluant moins ? D’un côté les écologistes prônent la « décroissance », autrement dit consommer et produire moins. Mais en plus d’être à des années lumières de notre mode de vie actuelle, ce programme entraînerait une grave crise économique et politique  par l’augmentation du chômage et du malaise social. C’est pourquoi d’autres propositions font jour, tel le « capitalisme naturel », théorie d’Amory Lovins (auteur de « Natural Capitalism », éd. Back Bay Books). L’objectif : produire plus en économisant les matières premières. Selon lui, à terme, il revient moins cher d’investir pour économiser le combustible que de l’acheter à un prix sans cesse croissant. Deuxième proposition nouvelle : « l’écologie industrielle », consistant à concevoir les systèmes de productions comme des écosystèmes, donc à utiliser tous les résidus en créant des boucles à l’image des cycles naturels.

 

Plus concrète, l’apparition des biocarburants dans le monde automobile gagne du terrain. En France, on trouvera des pompes à essences vertes dès 2007 incorporant progressivement les biocarburants aux carburants classiques. Reste à savoir exactement le coût de cette mise en place.

 

Selon le fonds pour l’environnement mondial (GEF), « on est passé de la négation à la prise de conscience. Mais on n’est pas encore passé de cette prise de conscience aux actes ». L’engouement pour les questions environnementales n’est-il qu’une mode, ou un véritable engagement ?

 

 

La généralisation du problème est claire. Reste les divergences sur la façon d’agir. Mais s’il était déjà trop tard pour changer ? L’homme, en jouant trop longtemps avec le climat, a pris le risque de détraquer définitivement le thermostat. D’où, peut-être, ce soudain sursaut d’intérêt.

 

[ Synthèse de dossier réalisée pour l'Esj. ]

 

 

 

 

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